Chelsea Culprit, Transfigurations in Ritual time, 2019. Installation. Vue de l’exposition Prince·sse·s des villes, Palais de Tokyo, Paris, 2019. Courtesy de l’artiste. Photo © Aurélien Mole
société

Féminisme, 25 février 2020

Chelsea Culprit, Transfigurations in Ritual time, 2019. Installation. Vue de l’exposition Prince·sse·s des villes, Palais de Tokyo, Paris, 2019. Courtesy de l’artiste. Photo © Aurélien Mole

Des créatrices Millenials à l’assaut des archétypes de la féminité

Investigation par Anne-Charlotte Michaut

Sommaire

Garance Bonotto, Marilou Poncin, Alis Pelleschi et Chelsea Culprit sont de jeunes créatrices qui réinvestissent des figures archétypales de la féminité. Avec humour et tendresse, elles pointent les contradictions de nos représentations collectives et de nos comportements sociaux. En montrant l’envers du décor et en détournant les stigmates, elles transforment l’assignation aliénante à une certaine féminité en une arme puissante dans le combat des femmes pour leur liberté, notamment sexuelle.

[ 1 ]

La « Marche pour l’égalité et contre le racisme » (désignant plusieurs marches qui eurent lieu d’octobre à décembre 1983) est la première manifestation nationale antiraciste en France, qui s’est déroulée en réaction à des violences policières. Elle a rapidement été surnommée « Marche des Beurs » par les médias. La fondation de l’association SOS racisme l’année suivante par des partisans du Parti Socialiste en découle directement. Le mot « beur » entre dans le dictionnaire français en 1985.

[ 2 ]

L’orientalisme est un mouvement littéraire et artistique né au XIX e siècle, et représenté notamment par Eugène Delacroix qui, après un voyage au Maroc, peint des tableaux inspirés de l’univers oriental en accentuant l’exotisme et l’érotisme des femmes maghrébines. Le thème du harem est l’un des plus représentés, avec par exemple Femmes d’Alger dans leur appartement (1833). La femme orientale y apparaît à la disposition du plaisir des hommes.

[ 3 ]

Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Vol. I [1949] (Gallimard, Paris, 1976), p. 234-235.

[ 4 ]

Le concept féministe de « regard masculin », ou male gaze, signifie que les femmes sont représentées dans la culture visuelle selon le point de vue d’un homme hétérosexuel. En d’autres termes, elles sont objectifiées visuellement pour le plaisir des yeux de l’homme. L’expression a été utilisée pour la première fois et théorisée par la critique de cinéma britannique Laura Mulvey dans « Visual Pleasure and Narrative Cinema », publié dans la revue Screen, vol. 16, automne 1975.

[ 5 ]

Le concept de « performativité du genre » est défini par Judith Butler dans son ouvrage fondateur Troubles dans le genre, [Gender Trouble, 1990], trad. Cynthia Kraus (Éditions La Découverte, Paris, 2006).

[ 6 ]

Ces réflexions sont parties intégrantes de la pensée féministe depuis les années 1970, moment où l’on considère que naît la « deuxième vague féministe », se caractérisant par une lutte pour une certaine libération sexuelle et la revendication d’une place nouvelle des femmes dans les sphères familiale et sociale. À la fin des années 1970, les « Sex Wars » aux États-Unis opposent des défenseures d’un féminisme radical anti-pornographie aux partisanes d’un féminisme dit « pro-sexe », considérant la liberté et la diversité sexuelles comme un des buts du combat des femmes. Au tournant des années 1990 est arrivée ce qu’on appelle la « troisième vague féministe », portée notamment par des minorités ethniques, sexuelles ou culturelles. Cette troisième vague, bien que profondément diverse, est fondamentalement intersectionnelle, c’est-à-dire qu’elle s’intéresse aux interactions entre différents systèmes d’oppression, notamment de genre, de race et de classe. Aujourd’hui encore, des tensions internes aux mouvements féministes subsistent.

[ 7 ]

Représentation du 15 mai 2019, à l’occasion de la sortie de résidence de Garance Bonotto au Théâtre des Déchargeurs.

[ 8 ]

Marilou Poncin, interviewée par Apolline Bazin, « L’érotisme de la génération internet selon Marilou
Poncin », dans Manifesto XXI, juin 2019. https://manifesto-21.com/lerotisme-de-la-generation-internet-
selon-marilou-poncin/

[ 9 ]

Marilou Poncin, dans un échange d’e-mails avec l’auteure, septembre 2019.

[ 10 ]

Nelly Arcan, Folle (Seuil, Paris, 2004), p. 19.

Garance Bonotto, Marilou Poncin, Alis Pelleschi et Chelsea Culprit sont de jeunes créatrices qui réinvestissent des figures archétypales de la féminité. Avec humour et tendresse, elles pointent les contradictions de nos représentations collectives et de nos comportements sociaux. En montrant l’envers du décor et en détournant les stigmates, elles transforment l’assignation aliénante à une certaine féminité en une arme puissante dans le combat des femmes pour leur liberté, notamment sexuelle.

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