Les artistes refont le monde
L'auteur

L'auteur : Vittorio Parisi

Biographie

Titulaire d’un doctorat en esthétique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Vittorio Parisi est actuellement responsable des études et de la recherche à la Villa Arson à Nice. Son activité de recherche porte sur la relation entre l’art et les non-lieux urbains, ainsi que sur le rapport entre le street art, le monde institutionnel de l’art et l’industrie culturelle.

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Courant politique, culturel, social catégorisé comme étant d’extrême-gauche ou d’ultragauche par la plupart des journalistes, sociologues et historiens, le mouvement autonome se réclame et cultive une autonomie à l’égard des syndicats, de la domination de l’État et du capitalisme. Apparue en Italie dans les années 1960, cette mouvance s’est également développée en France, en Espagne et en Allemagne, inspirée par les courants libertaires issus de mai 68 comme le situationnisme, pour prendre ensuite des formes variées. Ils défendent l’émeute, prônent des formes d’action insurrectionnelles ou illégale pour la lutte ouvrière, paysanne, étudiante ; des squatters et des sans-papiers. L’Autonomie des années 1970 en Italie se caractérise également par la pratique du sabotage (incendies, attentats à l’explosif) et du bandistisme révolutionnaire. Comme les anarchistes, ils parlent alors de « communisme immédiat », c’est-à-dire sans phase de transition.

Formellement créée en juillet 1957 et auto-dissoute en 1972, l’Internationale Situationniste était une organisation de théoriciens et stratèges révolutionnaires opérant dans les domaines politiques et culturels et désireux d’en finir avec le malheur historique, la société de classes et la dictature de la marchandise. Ils se situent notamment dans la filiation de la pensée marxiste (Rosa Luxembourg), du communisme de conseils (courant marxiste anti-léniniste apparu en France en 1918 dans la continuité du mouvement ouvrier) et du groupe Socialisme ou barbarie (organisation révolutionnaire marxiste anti-stalinienne française créée en 1948). L’un de leurs principaux objectifs était l’accomplissement des promesses contenues dans le développement de l’appareil de production contemporain et la libération des conditions historiques par une réappropriation du réel, et ce, dans tous les domaines de la vie. Le dépassement de l’art était son projet originel.

Les non-lieux, ce sont aussi bien les installations nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens (voies rapides, échangeurs, gare, aéroports) que les moyens de transport eux-mêmes (voitures trains, trains ou avions). Mais également les grandes chaînes hôtelières aux chambres interchangeables, les supermarchés ou encore, différemment, les camps de transit prolongé où sont parqués les réfugiés de la planète. Le non-lieu est donc tout le contraire d’une demeure, d’une résidence, d’un lieu au sens commun du terme. Seul, mais semblable aux autres, l’utilisateur du non-lieu entretient avec celui-ci une relation contractuelle symbolisée par le billet de train ou d’avion, la carte présentée au péage ou même au chariot poussé dans les travées d’une grande surface. Dans ces non-lieux, on ne conquiert son anonymat qu’en fournissant la preuve de son identité – passeport, carte de crédit, chèque ou tout autre permis qui en autorise l’accès.

Autour du texte
Investigation par Vittorio Parisi
108, peinture murale dans ferme laitière abandonnée
15 octobre 2020

Des non-lieux aux festivals
Le street art en Italie

Investigation par Vittorio Parisi
108, peinture murale dans ferme laitière abandonnée

Le street art italien est ancré dans un paysage urbain dense de lieux interstitiels, notamment d’architectures post-industrielles, de friches, d’édifices désaffectés et squattés qui, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, ont conduit de jeunes créateurs à développer des nouvelles formes de peinture urbaine, spontanées et illégales, pour la plupart dérivées de l’expérience du graffiti writing. Au cours de la décennie suivante, et suite à la prolifération des festivals dédiés, cette pratique a progressivement gagné la reconnaissance de l’industrie culturelle et du monde de l’art, ce qui semble avoir causé une perte du caractère spontané et dissonant qui la caractérisait à l’origine.

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