Écrire dans la nuit de l’autre
Une discussion entre Tyler Coburn
et Camille Richert

Entretien par Camille Richert
Sommaire

Lundi 9 octobre 2017 à 6 h 31, Camille Richert a écrit :

Bonjour Tyler !
Au moment où j’écris cet e-mail, tu commences probablement à t’endormir, tandis que pour moi débute une journée de travail. J’espère que ce fluide, numérique et industrieux, envoyé de Paris vers New York n’affectera pas ton sommeil. Te demander de travailler sur notre entretien tout en sachant que, pendant ce temps, tu es en train de dormir, me culpabilise un peu. Mais d’une certaine façon, peut-être sommes-nous plus libres de répondre pendant que l’autre dort. Il y a toujours, selon moi, quelque chose de très libérateur dans le fait d’écrire la nuit : durant sa nuit à soi ou dans la nuit de l’autre. Au cours de l’année passée, j’avais pour habitude d’écrire la nuit quand je n’avais pas d’obligations tôt le matin afin de retrouver cette sensation de liberté. Je me couchais vers quatre ou cinq heures du matin, parfois six heures, et me réveillais à dix heures pour être à mon bureau à onze heures et demie. Une sieste rapide d’une heure et demie l’après-midi m’aidait à tenir jusqu’à quatre heures du matin… et ainsi de suite. C’était un rythme parfait pour mon corps et mon esprit. Cette année, à cause de nouvelles activités professionnelles, j’ai dû changer radicalement ma façon de travailler et de dormir. À vrai dire, pour moi, travail et sommeil sont les deux faces d’une même médaille.