Les artistes refont le monde
L'auteur

L'auteur : Arnaud Labelle-Rojoux

Biographie

Arnaud Labelle-Rojoux, est artiste. Né en 1950, il s’est d’abord fait connaître dans le circuit de la performance dont il est devenu l’historien avec son livre L’Acte pour l’art (Éditeurs Évidant, 1988 ; nouvelle édition, Al Dante, 200... [ lire la suite ]

Contributions
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Thesaurus

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Mouvement artistique majeur du XXe siècle, le Surréalisme est un mouvement pluridisciplinaire (peinture, dessin, musique, cinéma, littérature…) et transdisciplinaire qui utilise toutes les forces psychiques (automatisme, rêve, inconscient) libérées du contrôle de la raison et en lutte contre les valeurs reçues. Il est défini par André Breton en 1924 dans son premier Manifeste du mouvement comme un « automatisme psychique pur, par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière le fonctionnement réel de la pensée (…) en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». Il se traduit notamment dans la peinture par des représentations figuratives mais absurdes ou oniriques en rupture d’avec le conformisme, également par des jeux de hasard comme le cadavre exquis (« jeu qui consiste à faire composer une phrase ou un dessin par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes »), le refus des catégories esthétiques traditionnelles et se désigne comme instrument de libération et de révolution.
André Breton

Né dans les années 1950 aux États-Unis, dans le contexte de l’après-guerre et du maccarthysme, la Beat Generation est un mouvement littéraire et artistique, anticonformiste, précurseur de la libération sexuelle et symbole de la contre-culture. Le terme, issu de l’argot américain, employé pour la première fois par Jack Kerouak en 1948, signifie génération fatiguée, cassée, ou battement (en référence au jazz). Ce dernier y ajouta la connotation paradoxale de « béat ». Certaines des œuvres, notamment celles d’Allen Ginsberg et William Burroughs qui évoquaient ouvertement l’homosexualité, firent scandale dans l’Amérique puritaine des années 1950-60. Témoignant d’un attachement profond aux grands espaces, à la nature et aux spiritualités chamaniques dans lesquelles l’homme est partie intégrante du Cosmos, les artistes de la Beat Generation ont produit une importante somme de proses, de poésie rythmée et visionnaire, influençant directement les mouvements de la jeunesse des années 1960 (mai 1968, opposition à la guerre du Vietnam, hippies).

Inventée par l’auteur et artiste Brion Gysin, et expérimentée par l’écrivain américain William S. Burroughs, le Cut-up est une technique (ou genre) littéraire, où un texte original se trouve découpé en fragments aléatoires puis ceux-ci sont réarrangés pour en produire un nouveau. Il tente de reproduire les visions dues aux hallucinogènes, les distorsions spatio-temporelles de la pensée sous influence toxique.

Formellement créée en juillet 1957 et auto-dissoute en 1972, l’Internationale Situationniste était une organisation de théoriciens et stratèges révolutionnaires opérant dans les domaines politiques et culturels et désireux d’en finir avec le malheur historique, la société de classes et la dictature de la marchandise. Ils se situent notamment dans la filiation de la pensée marxiste (Rosa Luxembourg), du communisme de conseils (courant marxiste anti-léniniste apparu en France en 1918 dans la continuité du mouvement ouvrier) et du groupe Socialisme ou barbarie (organisation révolutionnaire marxiste anti-stalinienne française créée en 1948). L’un de leurs principaux objectifs était l’accomplissement des promesses contenues dans le développement de l’appareil de production contemporain et la libération des conditions historiques par une réappropriation du réel, et ce, dans tous les domaines de la vie. Le dépassement de l’art était son projet originel.

Sophie Podolski naît en 1953 à Bruxelles, comme apatride. Son grand-père Nicolas Podolski a fui son pays natal – l’actuelle Ukraine – en 1917, à la veille de la Révolution russe et de l’avènement de l’Union soviétique communiste. Après une courte période aux États-Unis, il a été envoyé à Anvers comme représentant de Ford. Michel, le père de Sophie, prendra finalement la nationalité belge en 1973. À 20 ans, la jeune fille devient donc officiellement Belge.

Sophie appartient à une famille d’intellectuels et d’artistes. Sa mère, la céramiste Ann Cape, était la fille du compositeur américain Safford Cape. Son père Michel était un musicologue et joueur de luth baroque très admiré. La cousine de la grand-mère de Sophie était la romancière Dominique Rolin, dont le cabinet d’écrivaine a été reconstitué aux Archives et Musée de la Littérature à la Bibliothèque Royale de Belgique, où est conservé le manuscrit du Pays où tout est permis. Catherine, la sœur cadette de Sophie, est devenue céramiste comme sa mère.

Sophie est renvoyée de l’école à l’âge de 12 ans, après s’être – entre autres incidents – déguisée en veuve. À 15 ans, elle suit une formation à l’atelier de gravure de l’Académie de Boitsfort, où sa mère est enseignante. Bien qu’elle soit incapable de s’adapter au système scolaire, elle a – comme son père – une mémoire exceptionnelle, à laquelle elle fait constamment appel.

Au printemps 1969, Sophie se retrouve dans la communauté de Michel Bonnemaison et Joëlle de La Casinière. Au cours des quatre ans qu’elle y passe, elle mène une existence nomade, dormant et écrivant où elle peut. Le Montfaucon Research Center était une réunion informelle d’artistes qui se sont organisés pour publier leur travail. Ils se définissent eux-mêmes comme des freakies, équivalents créatifs des hippies qu’ils considèrent comme un mouvement de masse. En 1973, la maison est vendue et le groupe dispersé.

À son entrée dans l’adolescence, la schizophrénie de Sophie ne fait plus aucun doute. Sa sœur Catherine la décrit comme une penseuse sans frontières. Il lui arrive d’être obligatoirement admise à l’hôpital psychiatrique par la police, ce qui augmente sa crainte d’atteindre l’âge de la majorité légale, qui est alors de 21 ans. Peu avant son suicide, elle passe quelques mois dans la légendaire Clinique de La Borde non loin de Paris, berceau de la psychiatrie institutionnelle, où le philosophe Félix Guattari a longtemps travaillé.

(source Villa Vassilieff)

Autour du texte
26 novembre 2020

Sophie Podolski, retrouvée

Depuis quelques années, le monde de la culture – celui de l’art bien sûr et son marché – redécouvre des figures oubliées, le plus souvent des femmes, à la grande et heureuse surprise de ceux qui les ont connues ou aimées de leur vivant. C’est le cas pour Sophie Podolski, artiste et poète décédée en 1974. Arnaud Labelle-Rojoux, très marqué par cette œuvre picto-poétique, comme la qualifia Marc Dachy, s’est souvenu de sa parole et de ses dessins tourmentés qu’il resitue dans l’époque, frappé, avec le recul, par la singularité de son engagement éloigné des stéréotypes d’une supposée écriture féminine et des mécanismes de reconnaissance.

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