Stéphanie Roland, Dark Pool, 2012. Installation, 20 000 boules noires en PVC nanogravure laser, cadre MDF, dimensions variables
portrait

24 novembre 2021

Stéphanie Roland, Dark Pool, 2012. Installation, 20 000 boules noires en PVC nanogravure laser, cadre MDF, dimensions variables

Stéphanie Roland. Hacker les mémoires du futur

Entretien par Marion Zilio

Sommaire

Stéphanie Roland traque les arcanes d’un avenir prédictif et tente de hacker la mémoire modélisée qui l’anticipe. Sa recherche opère par récits et fictions susceptibles d’incarner les paradoxes visuels de la « matière noire ». Attentive aux entités invisibles de la pensée occidentale, dont les impacts sont pourtant considérables, elle explore des formes d’impensés dans des domaines variés (astrologie, neuroscience, IA, Deep Web, trading à haute fréquence…), tout en acceptant leur impossible dévoilement. L’artiste tente de révéler les partis pris implicites de la raison dominante (occident, sciences, religion, famille nucléaire, capitalisme) et de redescendre l’humain de l’orbite lumineux auquel il s’attache désespérément. À travers un ensemble de médiums aussi variés que la photographie, le film, l’installation, la performance, l’édition et le travail social, son œuvre se veut une réflexion sur le visible et l’invisible, sur ce qui a droit, ou non, à une représentation. Naviguant en eaux troubles, au sein de zones d’ombres, étranges et inquiétantes, ses fictions ne cherchent pas à intensifier les discours sur la fin du monde. Elles sont plutôt la promesse d’une autre manière de comprendre le monde, en tentant d’adopter d’autres points de vue. En fondant sa démarche sur les mutations de la mémoire — organe de notre histoire et de nos existences —, elle cherche à désamorcer les lois de son instrumentalisation idéologique.

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