Les artistes refont le monde
Le dossier

Le dossier : « Art et Enrichissement »

Ce dossier réunit un ensemble de textes et entretiens produits autour de l’ouvrage Enrichissement, une critique de la marchandise de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre.

Enrichissement, une critique de la marchandise (Gallimard, NRF) est un ouvrage qui fera date. Pour la première fois, un secteur de l’économie des sociétés occidentales, souvent occulté, voire tabou, est analysé. Les auteurs, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, mettent au jour le riche « gisement » que constituent pour le capitalisme les industries du luxe, le patrimoine et les œuvres d’art, trois domaines souvent associés sinon confondus. Il s’agit d’une vaste et déterminante réorganisation du capitalisme au sein de laquelle l’art, y compris contemporain, joue un rôle majeur.

 

L'auteur

L'auteur : Switch (On paper)

Eric Mangion et Luc Clément

Biographie

Éric Mangion est directeur du centre d’art de la Villa Arson depuis 2006. Il y a notamment accueilli ou organisé des expositions monographiques de Eva Barto, Sonia Boyce, Monster Chetwynd, Judy Chicago, Jeremy Deller, Jean Dupuy, Brice Dellsperger, Ryan Gander, Bernard Heidsieck, Emmanuelle Lainé, Zoé Léonard, Flora Moscovici, Roman Ondak, Linda Sanchez, Tatiana Trouvé ou des expositions collectives comme Ne pas jouer avec des choses mortes, Go Canny ! Poétique du sabotage, Double Bind / Arrêtez d’essayer de me comprendre !, Acclimatation, À moitié carré/À moitié fou, Transmission ou À la vie délibérée. Il a été directeur du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur de 1993 à 2005 dans lequel il a axé une partie de la collection sur des œuvres évolutives. Commissaire ou co-commissaire indépendant de nombreuses expositions dont : Self in Material Conscience, Fondation Sandretto à Turin, 2002 ; Artur Barrio: Actions After Actions à l’Université de Philadelphie, 2006 ; Recommencer, Commencer de nouveau la peinture de Gérard Gasiorowski, Carré d’art de Nîmes, 2010 ; Modules (Thomas Teurlai, Vivien Roubaud et Tatiana Wolska), Palais de Tokyo, Paris, 2014 ; La voix libérée – Poésie sonore, Palais de Tokyo, Paris, 2019 ; Parties sans éteindre la lumière (Pauline Curnier Jardin et Marie Losier,) Fondation d’entreprise Ricard, Paris, 2019. Il fut également directeur artistique du festival Printemps de Septembre 2010 (Une forme pour toute action) et conseiller artistique du festival Live à Vancouver en 2011. Membre de la commission danse du Ministère de la culture entre 2013 et 2016, il préside le festival Actoral et Montévidéo (Marseille) depuis juin 2017. Critique d’art ayant participé à de nombreuses revues, il assure en 2007 la direction artistique de la revue Fresh Théorie III. Il est cofondateur et directeur de la rédaction de la revue Switch (on Paper).

Luc Clément évolue dans le monde de la communication, des grands groupes (Havas, Publicis) aux structures indépendantes, avant de fonder sa propre agence à Nice. Expert en histoires de marques, il possède une solide connaissance des univers de la création. En 2001, il crée Le Dojo, espace expérimental d’art contemporain où il collabore avec de nombreux artistes, plasticiens, musiciens sur des projets in situ, explorant les points de rencontre et interactions entre la sphère artistique et celle de l’entreprise privée. De ces collaborations sont nées des productions originales d’artistes tels que Céleste Boursier Mougenot, Matthieu Mercier, Nicolas Moulin, Vincent Epplay ou encore, en association avec Arnaud Maguet, des performances de Jac Berrocal, Xavier Boussiron, Lee Ranaldo, Aki Onda et bien d’autres. Il est aujourd’hui éditeur délégué et directeur de la rédaction des magazines Marie Claire et Marie Claire Maison Méditerranée.

Contributions
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Autour du texte
Entretien par Switch (On paper)
21 juin 2019

À propos d’Enrichissement. Entretien avec Nathalie Moureau 2/3

Entretien par Switch (On paper)

Dans leur ouvrage Enrichissement, une critique de la marchandise (Gallimard, NRF Essais, 2017) Luc Boltanski et Arnaud Esquerre s’attachent à expliquer les mutations récentes du capitalisme. D’un monde dominé par une économie industrielle, centré sur l’innovation et le renouvellement rapide des objets, nous serions passés à une ère de l’enrichissement où des biens déjà produits, parfois même de simples rebuts, verraient leur existence enrichie et prolongée grâce à l’adjonction de caractéristiques culturelles et patrimoniales.

C’est ainsi que la fonction pratique d’un objet qui apparaissait primordiale pour définir la valeur dans le modèle industriel aurait perdu de sa pertinence au regard de la logique de collection où l’objet serait désormais acquis pour de tout autres motifs que la fonction utilitaire pour laquelle il a été initialement conçu. Le profit ne serait plus issu de l’exploitation du travail mais proviendrait de la rente commerciale extraite de biens valorisés pour lesquels les personnes les plus riches seraient prêtes à payer des montants très élevés.

L’ambition des auteurs va toutefois au-delà de cette simple opposition puisqu’ils entendent développer une vaste réflexion sociologique sur la valeur et les prix qui se distinguent des approches habituelles des économistes et socio-économistes. Alors que le monde économique accorde le primat à l’action individuelle et aux interactions interpersonnelles pour expliquer les mécanismes marchands, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre font le choix d’une démarche structuraliste. Dans ce type d’approche, de nature holiste (c’est-à-dire globale), les objets n’ont de sens qu’en fonction de la place qu’ils occupent dans un système : les logiques individuelles sont limitées. Le désir de chacun n’est pas pris en compte. Dans « l’enrichissement », les systèmes sont ainsi définis par quatre facteurs appelés « formes de valorisation » : « standard », « collection », « tendance » et « actif ». Ce sont ces « formes » qui déterminent les prix (ou plutôt la valeur) de toute marchandise.

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