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Le dossier

Le dossier : « Art et Enrichissement »

Ce dossier réunit un ensemble de textes et entretiens produits autour de l’ouvrage Enrichissement, une critique de la marchandise de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre.

Enrichissement, une critique de la marchandise (Gallimard, NRF) est un ouvrage qui fera date. Pour la première fois, un secteur de l’économie des sociétés occidentales, souvent occulté, voire tabou, est analysé. Les auteurs, Luc Boltanski et Arnaud Esquerre, mettent au jour le riche « gisement » que constituent pour le capitalisme les industries du luxe, le patrimoine et les œuvres d’art, trois domaines souvent associés sinon confondus. Il s’agit d’une vaste et déterminante réorganisation du capitalisme au sein de laquelle l’art, y compris contemporain, joue un rôle majeur.

 

L'auteur

L'auteur : Olivier Quintyn

Biographie

Olivier Quintyn est né en 1978 à Porto Alegre (Brésil). Ancien élève de l’École Normale Supérieure (Fontenay/Saint-Cloud). Agrégé de lettres modernes. Il a enseigné l’esthétique et l’histoire de l’art à l’université Rennes II et enseigne dorénavant les lettres au lycée Jacques Monod de Clamart (Hauts-de-Seine). Il diffuse des dossiers et « documents poétiques » sur la géopolitique internationale depuis 1997 dans le cadre de son projet [S.V.P.] : publications en revue, livres collectifs, performances, posters, distributions de flyers dans l’espace public. Au sein de la cellule éditoriale Questions Théoriques, il anime la collection de philosophie « Saggio casino ». Il est en outre l’auteur de trois livres théoriques : Dispositifs/Dislocations. Essai sur le collage (Al Dante, 2007), Valences de l’avant-garde. Essai sur l’avant-garde, l’art contemporain et l’institution (Questions Théoriques, 2015), et Implémentations/Implantations : pragmatisme et théorie critique. Essais sur l’art et la philosophie de l’art (Questions Théoriques, 2017).

Contributions
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Autour du texte
Essai par Olivier Quintyn
21 juin 2019

Art, enrichissement et valeur somptuaire 3/3

Essai par Olivier Quintyn

L’une des caractéristiques majeures du capitalisme est sa dynamique d’accumulation et d’enrichissement sans limite ni reste : cette dynamique n’obéit à nulle autre fin que sa propre perpétuation, en déplaçant la recherche de profits vers de nouveaux gisements de richesse, après que les chances de profit ont été épuisées dans un site économique donné ou dans un format de marchandise établi. Ce caractère à la fois infini (puisque le mouvement d’accumulation du capital ne s’interrompt jamais) et mobile (puisque l’un de ses principaux opérateurs est le déplacement et le renouvellement constant des sources de profits) est la force et la faiblesse du capitalisme. Sa force, car ce capitalisme intégral procède par enrôlement progressif de ce qui était auparavant soustrait au commerce et à la marchandisation, dans un mouvement de colonisation progressive de l’existence tout entière par la sphère marchande ; sa faiblesse, car la dynamique autoréférentielle de l’enrichissement poursuivi pour lui-même doit trouver des points d’appui normatifs et politiques dans la société pour être acceptable, alors même qu’elle ne cesse de produire de l’inégalité et de la souffrance sociale pour le plus grand nombre. L’enrichissement peut difficilement constituer une grandeur morale autonome de nature à provoquer l’assentiment de la très grande majorité des non-détenteurs de capital accumulé, dont le travail est pourtant indispensable à la valorisation de ce même capital.

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