Bouchra Khalili, The Mapping Journey Project

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Le travail de Bouchra Khalili explore souvent les frontières : leurs formes géographiques évidemment, mais aussi sociales, culturelles, historiques, et ce, à travers une très large palette de média qui fonctionnent dans des associations parfois inattendues. Ses expositions en elles-mêmes sont pensées comme des territoires dans lesquels le spectateur doit trouver son propre chemin, établir sa propre cartographie, au milieu d’œuvres où s’entremêlent récits individuels et histoire collective, autour de lusage des témoignages et de lhistoriographie.

 

The Mapping Journey Project (2018-2011) est l’une de ses œuvres emblématiques. Elle se compose d’une part de huit vidéos, The Mapping Journey, et d’autre part de huit sérigraphies, The Constellations. Sur chaque écran, une carte de type planisphère, en gros plan, sur laquelle la main d’un migrant, qui lui est hors-champ, vient tracer à l’aide d’un marqueur le chemin d’exil qu’il a été contraint de parcourir. Un chemin dans la clandestinité, fait de dangers, souvent de retours en arrière, de fausses routes, de reconduites aux frontières. La carte sert de support au récit qu’il livre en voix-off. Les spectateurs découvrent ainsi une autre géographie, celle de l’expérience, des trajectoires migratoires singulières confrontées à des espaces géo-normés. Les huit sérigraphies reprennent sur une feuille vierge le trajet de chacun, et, hors carte et hors codes cartographiques, ces trajets deviennent des dessins qui rappellent ceux des constellations d’étoiles, pour une carte du zodiaque réinventée en contrepied d’un espace morcelé et contraint par l’humain.

« Mon goût pour les cartes et les atlas inclut une certaine tendresse pour le motif de la constellation. Ces cartes célestes ont été produites par ceux qui risquaient à tout moment de se perdre – les marins, les navigateurs – qui, pendant des siècles, ont regardé le ciel pour se repérer en mer. (…) Et si la constellation revient comme un motif récurrent, c’est parce qu’elle est une manière de produire des liens entre des éléments isolés, sans hiérarchie, et en cela, constitue en effet une proposition égalitaire. Aucun récit ne prédomine sur l’autre, mais ils ont des choses à se dire. »

Si son travail est aux prises avec le monde actuel, Bouchra Khalili ne veut pas pour autant être qualifiée d’artiste engagée, surtout pas d’artiste qui « donne la parole », mais comme une « organisatrice de dispositifs de prises de parole », une parole qui est « poésie civile », qui permettrait de concevoir l’espace d’exposition « comme un espace civique » où se jouerait l’idée d’une communauté réellement égalitaire.

 

Couverture : Bouchra Khalili. Vue de l’installation Mapping Journey Project, 2008-2011. Vidéo à 8 canaux  (couleur, son). © 2016 Bouchra Khalili, © Adagp, Paris, 2019

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