D’art et d’estime

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« Nous sommes le seul pavillon européen ! », pouvait clamer avec fierté la conservatrice et commissaire d’exposition Timea Junhaus à propos du pavillon « Paradis perdu » installé dans les murs du Palais Pisani en 2007, lors de la 52ème Biennale de Venise. Le pavillon présentait en effet des œuvres d’artistes Roms venus des quatre coins de l’Europe, et de nationalités différentes. Il s’agissait d’une première au sein de cette manifestation internationale, surtout en terme de visibilité donnée aux artistes issus de cette culture.

Car si les Roms sont la plus grande minorité d’Europe, entre 11 et 12 millions d’individus repartis aux quatre coins du continent, leur art et leur culture restent très largement méconnus du grand public, leurs œuvres n’étant qu’exceptionnellement exposées dans les musées nationaux. Cette absence de représentation dans la sphère culturelle contribue à nourrir les préjugés sur leur communauté et à inhiber plus qu’à encourager les artistes Roms à présenter leurs pratiques artistiques.

Il était donc plus que temps de valoriser l’image souvent déformée de cette culture.

Après quatre années de mobilisation c’est chose faite, et l’art Rom dispose enfin d’un espace permanent. L’European Roma Institute for Art and Culture (ERIAC) a ouvert ses portes en juin 2017. L’établissement, qui accueille différents artistes et chercheurs, a pu voir le jour grâce à la synergie du conseil de l’Europe, de l’Open Society Foundation et du gouvernement allemand. Situé à Berlin, ville charnière et symbolique à cheval entre l’Est et l’Ouest, l’ERIAC souhaite « préserver, reconstruire et développer l’identité et l’estime de soi des Roms » par eux-mêmes, et pour tous.

Lors de l’exposition inaugurale Transgressing the Past, Shaping the Future , le public a pu découvrir des œuvres de Gabi Jimenez, Emilia Rivoga, Sead Kazanxhiu ou Daniel Baker, sous la houlette de la directrice de l’ERIAC qui n’est autre que Timea Junhaus.

En France, la ville de Marseille a été la première en 2017, à la Friche La Belle de Mai, a accueillir une exposition consacrée à l’artiste Ceija Stojka, suivie début 2018 de celle à la fondation parisienne La maison rouge dont les portes ont fermé il y a peu. L’occasion de découvrir un travail pictural riche et émouvant, mais aussi qu’enfin soit mise à l’honneur une artiste de culture Rom, qui raconte son parcours avec et au cœur de cette communauté : ici le destin tragique et méconnu subi par cette minorité durant la seconde guerre mondiale.

 

Ceija Stojka, Frauenlager Ravensbrück, 30 avril 1992, acrylique sur carton, 50 x 65 cm. Collection Marcus et Patricia Meier, Vienne

Ceija Stojka, Frauenlager Ravensbrück, 30 avril 1992, acrylique sur carton, 50 x 65 cm. Collection Marcus et Patricia Meier, Vienne

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